IA, énergie, responsabilité : regarder l’ensemble du paysage numérique
- julie higounet
- 21 déc. 2025
- 3 min de lecture
La question de la consommation énergétique des IA génératives (IAG) est aujourd’hui omniprésente dans le débat public. Et c'est essentiel. C'est une préoccupation majeure. Les chiffres circulent largement : consommation électrique comparable à celle d’une grande ville, pression accrue sur les réseaux, explosion des data centers.... Impossible de passer à côté.
Ces alertes sont nécessaires. Mais si l’on s’arrête là, on risque de mal poser le problème.
La question n’est pas seulement combien cela consomme, mais qui décide, comment, et dans quel cadre collectif.
Et pour cela, il faut élargir un peu le regard.
Quelques chiffres clés pour remettre en perspective
Les moteurs de recherche Google traite aujourd’hui plus de 5 000 milliards de recherches par an dans le monde. Une recherche dite « classique » est estimée autour de 0,3 Wh. Cela représente environ 1 à 2 TWh par an pour la recherche seule, un usage installé depuis plus de vingt ans, devenu presque invisible dans nos débats. Et c'est sans compter, ecosia, yahoo, bing, Qwant, duckduckgo et tous ses copains... Je vous laisse calculer.
La navigation et la géolocalisation (Google Maps, Waze…) Google indique que plus d’un milliard de kilomètres sont parcourus chaque jour avec Google Maps. Ces services mobilisent en continu les réseaux mobiles, des calculs d’itinéraires dynamiques, des serveurs de trafic en temps réel et les smartphones eux-mêmes. Leur consommation exacte n’est pas rendue publique, mais ils participent pleinement à la croissance structurelle du trafic de données mobiles, aujourd’hui principal moteur de la consommation énergétique des réseaux.
Les infrastructures numériques du quotidien et les réseaux de transmission de données consomment plus de 300 TWh par an à l’échelle mondiale. Les data centers dépassent 400 TWh par an, avant même l’essor massif des IA génératives. Donc donc donc, notre quotidien numérique était déjà énergétiquement très coûteux bien avant l’arrivée de ChatGPT et des IAG grand public.
Une requête d’IA générative consomme en moyenne cinq à dix fois plus d’énergie qu’une recherche classique.Leur diffusion rapide explique l’attention médiatique actuelle et la légitimité des alertes.
Oui, les IA génératives posent un nouveau seuil. Non, elles ne surgissent pas dans un désert énergétique.
Le risque d’un faux débat
Réduire la question énergétique aux seules IA génératives est une erreur .
Cela permet de ne pas interroger des usages numériques installés de longue date : la recherche quasi réflexe, la géolocalisation permanente, le streaming continu, la circulation massive de données en arrière-plan. Et je ne parle même pas des réseaux sociaux.. du stockage des données.
Dire « je n’utilise pas l’IA » ne suffit pas. Ne pas s’en occuper, c’est laisser les choix techniques, économiques et politiques se faire ailleurs.
Une responsabilité collective et individuelle
La question n’est pas « IA ou pas IA ». Elle est : quels usages numériques voulons-nous collectivement encourager, réguler ou transformer ?
Elle est aussi personnelle :
Quels sont mes usages numériques quotidiens ?
Lesquels sont choisis, lesquels sont devenus automatiques ?
Qu’est-ce que je considère comme normal, et pourquoi ?
La transition numérique ne sera ni technophobe ni naïvement technophile. Elle devra être lucide, systémique et démocratique.
Les IA génératives sont un révélateur puissant. Mais le tableau est bien plus complexe que ces articles aux titres accrocheurs et simplistes.
Ce n’est pas la technologie qui décide de notre avenir, mais la manière dont nous choisissons, ensemble, de l’utiliser, de la réguler et de la faire évoluer. Mais pour cela il faut décider de comprendre...
Sources :
« Data centre energy use » (rapport de revue critique, inclut data centres et modèles) — https://www.iea-4e.org/wp-content/uploads/2025/05/Data-Centre-Energy-Use-Critical-Review-of-Models-and-Results.pdf IEA 4E
IEA : Données de consommation électrique mondiale des data centres (chart) — https://www.iea.org/data-and-statistics/charts/global-data-centre-electricity-consumption-by-equipment-base-case-2020-2030 IEA
Page Wikipedia « Data center » avec estimations de consommation data centres + projections — https://en.wikipedia.org/wiki/Data_center Wikipédia
Article EcoFlow résumant données IEA sur consommation des data centres ~415 TWh/an (≈1,5% de la demande mondiale) — https://www.ecoflow.com/us/blog/ai-data-center-energy-crisis-growth EcoFlow
Synthèse d’estimation « IA consomme 10× une recherche » (bases issues de Bloomberg / analyses sectorielles, mention de rapports AIE / de Vries) — https://www.polytechnique-insights.com/en/columns/energy/generative-ai-energy-consumption-soars/ Polytechnique Insights
Données additionnelles sur croissance rapide de la demande énergétique liée aux data centres et IA (inclut IEA, projections) — https://www.weforum.org/stories/2025/12/data-centres-and-energy-demand/ World Economic Forum
Refuser l’IA à l’université, c’est en abandonner le contrôle au capitalisme, — https://blogs.mediapart.fr/reseau-terra-hn/blog/171225/refuser-l-ia-l-universite-c-est-en-abandonner-le-controle-au-capitalisme Mediapart






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